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D'aussi loin que je me souvienne, l'amour et la curiosité du son, la diversité et la richesse sonore, furent toujours les racines de mes créations. Mes mécanismes de déclenchement.

Quand, dans la plupart des cas, j'ai capturé suffisamment de matière sonore intéressante, le travail de composition glisse de manière presque instinctive vers l'évidence. Pour prendre un exemple précis, l'album " Matière des Axes " , a été conçu de la manière suivante : trois mois de prises de sons diverses, puis un classement de ces sons accumulés en quinze " tableaux sonores ", qui dessinaient déjà à peu de choses près les dix-huit titres finaux...Le travail de création pouvait prendre son essor. Il s'est étendu sur environ un an, comprenant une optimisation du rendu sonore le dernier mois.

Au commencement, lors de mes premiers essais de création musicale, ce furent essentiellement les sons prêts à l'emploi de synthétiseurs qui éveillèrent mon inspiration. Puis les librairies de sons, plus complexes, typées, commerciales et efficaces. Mais avec le temps, il devint irréfutable que mes compositions s'enrichissaient d'autant que je prenais la peine de chercher, de créer la matière que je sculptais ensuite.

Depuis, cela a pris suffisamment d'ampleur pour que je me considère comme un " pêcheur " de sons. Une formation de " mastering " à Dijon il y a quelques années m'a confirmé que je suis de ceux qui veulent comprendre le son et sa physique, de ceux que ses lois et son art passionnent. Je suis profondément convaincu que la connaissance du son et la sensibilité au monde sonore dans lequel nous vivons fait partie intégrante du travail de compositeur moderne.

Parallèlement à la capture du son à des fins créatives, je me suis construit un petit studio nomade, qui permet la reconstitution hi-fi (entendre : très réaliste) d'un environnement acoustique, pour employer les termes de R.Murray Shafer dans " Le Paysage Sonore ". Concrètement, ce matériel (portable et d'alimentation autonome) me permet d'enregistrer à 360° avec cinq micros statiques (ou plus), devenant pour la capture de sons ce qu'est le format " surround " au cinéma...(voir vidéo " Surround Sound Fishing " ou photos " prise de sons en forêt "). L'idée est de représenter au minimum un espace stéréo avant, un espace stéréo arrière, et un dernier, très directionnel (micro canon), pour ancrer les sources (équivalent du " centre " dans un système multicanal).

Ceci participe au travail - plus jeune et freiné par la vulgarisation encore timide des systèmes home-cinéma chez les particuliers - de composition en 5.1 (cinq enceintes et caisson basses), ouvrant pourtant des perspectives d'écoutes musicales magnifiques, encore trop modestement employées.

Notons au passage pour les intéressés que ce dispositif de captation peut aussi parfaitement convenir pour enregistrer les petites formations qui chercheraient une mesure intermédiaire entre le studio professionnel et la maquette.

Bien sûr, la prise de son, même au service de la création musicale en aval, n'exclue pas pour autant l'inventivité. C'est dans ce champ d'expérimentation que s'inscrivent les prises comme " Voix harmoniques " (résonances de voix hurlées dans la table harmonique d'un piano à queue, cordes libres), ou bien " Annonce Villerouge " (portes-voix multiples dans un village, avec annonceur public). Bien au contraire, celles-ci attirent l'attention sur la quête tellement fougueuse du son rare, du son unique, qui supplanterait même la musique...

Vous trouverez ici une sélection d'extraits sonores hétéroclites, de la simple note tirée d'un instrument, aux paysages complets.